15Une leçon habituelle de  littérature française m’a fait connaître le premier modèle atipique de poésie – Le petit déjeuner…

DÉJEUNER DU MATIN
Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s'est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis
Son manteau de pluie
Parce qu'il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j'ai pris
Ma tête dans ma main
Et j'ai pleuré.

… j’ai été étonnée et ravie de l’ “anormalité “ des vers (vers libres), comme si défiant toutes les rigueurs de la poésie clasique, de cette banalité en apparence quotidienne et simultanément artificielle (on pourrait dire que c’est une poésie écrite par l’étranger de Camus) qui se faisait sentie dans l’image poétique créé… et Jacques Prévert est devenu mon premier poète préféré.
J’ai commencé a écrire moi-même des poésies de la même manière, avec le temps j’ai découvert des nouveaux modèles, qui resemblaient plus complexes dans leurs recherche de la banalité (j’ai senti toujours la poésie comme une révolte des rêves banales contre la banalité de la vie, réalisée bien-sûr d’une manière quasi-banale … mais combien de profondeur on doit avoir pour atteindre et pour comprendre le „rien” de la vie… je me rapelle que mon rève était de créer la poésie parfaite, qui te fait rire et pleurer dans le même temps, une poésie dans un seul vers, peut-être dans un seul mot, peut-être dans une seule lettre ou dans un seul geste…)  et de l’in-existance, et avec les années j’ai quitté Prevert et son petit déjeuner, mais jamais je n’oublierais cette première rencontre imprevue avec la poésie comme vie, comme sentiment, comme univers ouvert, comme…  
La littérature française m’a offert certainement autant de modèles d’inspiration, d’identification … parmis eux je retrouve, même maintenant, l’image fascinante de l’albatros, dans la superbe poésie de Baudelaire:

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

… la seconde que j’ai lu cette poésie j’ai reconnu en moi-même ce vaste oiseau des mers dont les ailes l’empêchent de marcher… toute mon adolescence je me suis considerée comme un poète introvertit, idealiste, ayant cependant la nostalgie du passé  (et surtout la nostalgie de sa grand-mère), pas de tout intéressé du présent et détestant l’état de normalité, telle qu’on l’imagine dans la société, dans la vie, dans la pensée…
Maintenant, si j’avais devant moi un enfant et que je devais trouver un argument pour le motiver  à apprendre une langue étrangère, je dirais peut-être que… 2 plus 2 font 4 dans toutes les langues… et ça c’est l’essence et la beauté de toutes les langues… c’est la dimension humaine de toute démarche de communication.

Prof. Nadia Luiza Dincă
Liceul Teoretic “Ion Cantacuzino” Pitești
(Postat martie 2018)

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