05Étude de spécialité
Cette étude se propose de présenter la modalité d’application de la loi d’émergence dans certains poèmes de Baudelaire. On va présenter premièrement les caractéristiques de cette loi et ensuit on étudiera sa présence dans la poétique  baudelairienne.
La loi de l’émergence est la manifestation d’un certain snobisme. Elle est repérable par la présence des vocables étrangers qui sont utilisés par des gens qui croient ainsi parler « chic ».
Il y a plusieurs auteurs qui peuvent nous fournir des exemples d’application de cette loi. C’est le cas de Stendhal qui emploie dans ses romans beaucoup de mots en italien, ou de Tolstoï qui utilise fréquemment le français. Thomas Mann lui aussi écrit des passages entiers en français dans son roman La montagne magique.  Cette tendance se manifeste aussi chez Rimbaud dans le recueil Illuminations en vers. Il s’agit des poèmes inspires par l'Angleterre où il apparaît aussi des noms géographiques américains et anglais. Grâce a Underwood et à son livre Rimbaud et l’Angleterre on a la liste des mots employés par lui en anglais. L’Angleterre apparaissait à Rimbaud comme le lieu de l’urbanisme moderne, de la ville qui n’en finit pas, comme le Bleston de Michel Butor dans L’emploi de temps.
Mais pour revenir a Baudelaire, la loi d’émergence fonctionne beaucoup dans à commencer par la pièce liminaire des poèmes en prose Any where out of the world.
Le poète veut s’évader de « ce triste monde engourdi » (Rêve parisien), il veut s’envoler « bien lion de ces miasmes morbides » (Elévation), n’importe où, pourvu que ce soit hors de ce monde » (Any where out of the world). Il refuse d’habiter « un monde où l’action n’est pas la sœur du rêve » (Le Reniement de Saint-Pierre).
Le désir d’évasion, qui est un des thèmes majeurs de la poésie baudelairienne, se manifeste d’abord par l’aspiration vers des mers et des pays lointains, vers un Eldorado où tout est splendeur, amour et joie, où les horloges ne sonnent plus la Mort, mais le Bonheur.
Le poème Any where out of the world est construit autour du thème de l’évasion du poète de cette société hostile, dans laquelle il ne trouve pas sa place. Ce désir de voyager n’importe où, mais hors de ce monde se produit par l’emploi de l’anglais. Dans ce poème il veut voyager dans beaucoup de pays.
Le premier pays : le Portugal, pays chaud, méditerranéen, ensoleillé. "Lézard" : animal à sang froid qui a toujours besoin de se réchauffer au soleil, symbole de paresse, d'inactivité ("lézarder", se prélasser comme un lézard).  Le deuxième pays : la Hollande, les Pays-Bas. Le repos et le spectacle du mouvement (cf. "Le Port") ; "la Hollande, cette terre béatifiante" : bonheur mystique, connotation religieuse ("beatus" = heureux en latin et "saint" dans la tradition catholique). La béatitude, c'est le bonheur parfait dont jouissent les élus dans le ciel.  Le troisième pays : "Batavia (...) l'esprit de l'Europe, marié à la beauté tropicale", pays "hybride", utopique.
Dans le poème Le Confiteor de l’artiste, on a de l’émergence, car le mot confiteor vent du latin et signifie « je confesse », d’où en résulte deux sens : je proclame solennellement, je confesse à Dieu, aveu des péchés commis, mais aussi confesser sa foi, l'affirmer publiquement, profession de foi et aveu de ses insuffisances par rapport à l'idéal artistique (fautes), avouer la distance entre ce que je suis en tant qu'artiste et ce que je prétends être.
Donc le poète confesse sa foi, mais en même temps il se reconnaît coupable. S’ouvre donc ici une confession qui, si elle nous fait entrer dans l’intimité du poète, joint à la simple posture d’énonciation autobiographique une dimension sacrée et l’idée d’une faute.
À ce titre, ce poème illustre une esthétique de la déchirure et l’on peut alors se demander comment comprendre ces sentiments paradoxaux au sein de la nature. Baudelaire se trouve tour à tour en harmonie puis en rupture avec la nature qui l’entoure et semble ainsi être tire d’un rêve pour retomber brutalement dans la réalité. Il jouit du paysage, en contemple sa beauté, puis il en souffre et finit par rejeter le beau.
 En même temps, dans sa volonté d’être l’égal de Dieu, dans cette quête de la beauté, le poète se révolte et se rend coupable d’effraction en cherchant de son vivant une réalité accessible seulement après la mort. C’est la « double postulation » exprimée dans « Mon cœur mis à nu » : « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. L’invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade ; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre ».
Dans le poème La corde s’applique aussi la loi de l’émergence par le titre et par la dédicace à Edouard Manet. Il s’agit d’un poème fonde sur le thème de l’enfance et de la pauvreté. Cet enfant pauvre réussit à dépasser sa condition pour accéder a une meilleur position sociale et intellectuelle.
On peut alors se demander la destination réelle de la dédicace du poème, car, adressée explicitement à Manet, elle pourrait aussi être une dédicace posthume à Poe puisque le poème répond aux critères esthétiques de l’écriture de Poe, ainsi qu’aux démons de sa vie, la tristesse, l’alcool et le suicide
Sa lecture peut faire penser au Gâteau, au joujou du pauvre puisqu’il montrerait ce qu’est un enfant débarrassé de la « répugnante patine de la misère », ou encore aux yeux des pauvres, et à tous ces poèmes qui développent le thème de l’enfance associé à celui de la pauvreté.
On voit alors la spécificité et l’intérêt de la corde : l’enfant, pauvre, prendrait l’ascenseur social et, pourrait- on dire intellectuel, avec le peintre à la faculté de rendre la vie plus vivante et plus significative. La réponse est pour le moins celle de l’échec puisque l’enfant se suicide. Mais, il ne s’agit pas simplement d’un constat d’échec : cet échec devient surnaturalité, voile fantastique imprégnant la réalité que le discours du peintre veut pourtant rationaliser. C’est pourquoi Roger Blin classe ce poème parmi les « histoires extraordinaires ».
Un autre poème qu’on pourrait classer parmi les autres précédents dans lesquels on entrevoit la loi de l’émergence, c’est le poème Le Thyrse.
La loi de l’émergence s’applique ici par le titre et par la dédicace à Frantz Liszt. Le thyrse était  un bâton antique, orné de feuilles de lierre ou de vigne, terminé ou non par une pomme de pin ou de grenade. C’est l’attribut de Dionysos (en Grèce) et de Bacchus (chez les Romains). Les Ménades ou Bacchantes le portaient lors de leurs cérémonies nocturnes, associées à l’ivresse des banquets ; il était  aussi un bâton magique. Dans son poème Baudelaire dit que le thyrse est : « c’est un emblème sacerdotal dans la main des prêtres ou des prêtresses célébrant la divinité dont ils sont les interprètes et les serviteurs ».
Il dit à Liszt : « Le thyrse est la représentation de votre étonnante dualité, maître puissant et vénéré, cher Bacchant de la Beauté mystérieuse et passionnée », après il le qualifie de « chantre de la Volupté et de l'Angoisse éternelles, philosophe, poète et artiste, je vous salue en l'immortalité! »
Ce poème est le seul qui soit authentiquement dédié à quelqu'un puisque le thyrse est à l'image de Liszt. On peut penser que la vague homophonie (vaguement en chiasme, ce qui n'est pas sans intérêt pour ce texte) entre les deux mots permet le rapprochement. Baudelaire le connaît. Il y a une relation assez intime entre eux. Liszt sera le beau père de Wagner, dont Baudelaire sera un admirateur et auquel il consacrera plusieurs articles.
Dans l’antiquité c‘était Dionysos qui tenait le thyrse dans la main. Ce culte de Dionysos a eu une grande influence dans la religion où il a introduit le sens du mystère, mais aussi dans la poésie lyrique dans laquelle il introduit le sentiment de la nature. Et Baudelaire reprend ces idées dans son poème.

Mandache Florina
Şcoala Gimnazială Merişani
(Postat ianuarie 2017)

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